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 PITTON DE TOURNEFORT

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tagyhi

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MessageSujet: PITTON DE TOURNEFORT   PITTON DE TOURNEFORT Icon_minitimeSam 19 Déc - 17:32

Pouvez vous vous imaginer ce que l'on peut ressentir lorsqu'on peut tenir entre ses mains un document de 300 ans...

Garan Baban est passé en avance !

La retranscription sera, par mesure d'authencitité et de respect pour l'auteur, faite en vieux français. Prennez l'habitude de remplacer les f par des s.



LETTRE XX

A Monfeigneur le Comte de Pontchartrain, Secretaire d'Etat et des Commandemens de Sa Majefté, Ec.

Monseigneur,

Comme nous écrivions tous les foirs, pendant le féjour que nous fimes à Erzeron, ce que nous apprenions pendant la journée en nous entretenant avec les Armeniens et principalement dans le Couvent où nous logions ; il fe trouva à la fin que nos remarques jointes à celles que nous avions faites dans les autres Couvents et fur nos differentes routes, me fournirent affez de matiere pour vous adreffer une Lettre touchant le genie, les moeurs, la religion, et le commerce de cette Nation. Je vous prie donc, Msgr, de vouloir agréer le fruit de nos converfations.
Les Armeniens font les meilleures gens du monde, honnetes, polis, pleins de bon fens et de probité. Je les eftimerois heureux de ne fçavoir pas manier les armes, s'il n'étoit néceffaire, de la manière dont les hommes font faits, de s'en fervir quelquefois pour éviter leur cruauté. Quoiqu'il en foit les Armeniens ne fe mêlent que de leur comerce, et s'y appliquent avec toute l'attention dont ils font capables. Non feulement ils font les maîtres du commerce du Levant, mais ils ont beaucoup de part à celui des plus grandes villes de l'Europe. On les voit venir du fond de la Perfe jufqu'à Livourne. Il n'y a pas long-temps qu'ils étoient établis à Marfeille. Combien en trouve-t-on en Hollande et en Angleterre ? Ils paffent chez le Mongol, à Siam, à Java, aux Philippines, et dans tout l'Orient, excepté à la Chine.
Le centre des Marchands Armeniens n'eft pas en Armenie, mais à Julfa, celebre fauxbourg d'Hifpaham, que tous les voyageurs ont décrit. Ce fauxbourg qui merite bien le nom de ville, puifqu'il renferme plus de trente mille habitans, eft une Colonie d'Armeniens que le plus grand Roy de Perfe Cha-Abbas, premier du nom, établit d'abord dans Hifpaham, et que l'on tranfporta peu de temps après au delà de la riviere de Zenderou, pour les féparer des Mahometans qui les méprifoient à caufe de leur religion. On prétend que ce changement fe fit fous le petit Cha-Abbas ; d'autres affeûrent qu'il est plus ancien. Il eft certain du moins que le premier auteur de la Colonie eft le grand Cha-Abbas contemporain de Henri IV. à qui il envoya le P. Jufte Capucin en qualité d'Ambaffadeur ; mais il n'arriva qu'après la mort du Roy. Cha-Abbas travailla efficacement à deux chofes pour le bien de fon Royaume : il mit à couvert des infultes des Turcs, et il l'enrichit beaucoup par l'établiffement du commerce. Pour empécher les Turcs, que les Perfans appellent Ofmalins, de pénétrer avant dans les Etats, il crut qu'il étoit néceffaire de leur ôter le moyen d'entretenir de grandes armées fur fes Frontiere ; et comme l'Armenie eft une des principales, fut laquelle les Turcs fe jettoient ordinairement, il la dépeupla autant qu'il le jugea néceffaire à fon deffein. Le fort tomba fur la ville de Julfa la plus grande et la plus puiffante du pays, dont les ruines fe voyent encore fur l'Araxe, entre Erivan et Tauris. Les habitans de Julfa eurent ordre de paffer à Hispaham, et depuis ce temps-là, cette ville qu'ils abandonnérent s'appelle l'Ancienne Julfa. Les peuples de Nacfivan et des environs d'Erivan furent difperfez en differens endroits du Royaume. On affeuüre que ce Prince fit paffer plus de vingt mille familles d'Armeniens dans la feule Province de Guilan, d'où viennent les plus belles foyes de Perfe.
Comme Cha-Abbas n'avoit d'autre veüë que d'enrichir fes Etats, et qu'il étoit convaincu qu'il ne le pouvoit faire que par le commerce ; il fetta les yeux fur la foye, comme la marchandife la plus pretieufe, et fur les Armeniens, comme gens les plus propres pour la débiter ; tres mal fatisfait d'ailleurs du peu d'application de fes autres fujets et de leur peu de genie pour le commerce. La frugalité des Armeniens, leur oeconomie, leur bonne foi, leur vigueur pour entreprendre, et pour foutenir de grands voyages, lui parurent des talents propres pour fon deffein. La religion Chrétienne qui leur facilitoit la communication avec toutes les nations de l'Europe, lui parut encore une difposition affez favorable pour parvenir à fes fins. En un mot, de laboureurs qu'étoient les Armeniens, il en fit des marchands, et ces marchands font devenus les plus celebres commerçans de la Terre.


Dernière édition par tagyhi le Sam 19 Déc - 18:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PITTON DE TOURNEFORT   PITTON DE TOURNEFORT Icon_minitimeSam 19 Déc - 18:11

C'eft ainfi que ce Prince, dont le génie étoit fort étendu pour les affaires de laguerre et pour la politique, fçut profiter des talens de fes peuples et des marchandifes du crû de fon Royaume. Pour bien fonder le commerce il confia aux Armeniens de Julfa la Nouvelle, une certaine quantité de balle de foye pour faire voiturer par Caravanes dans les pays étrangers ; et fur tout en Europe, à condition qu'ils les accompagneroient eux-mêmes, et qu'à leur retour ils payeroient les balles au prix qui auroit été arrêté avant leur départ, par des perfonnes judicieufes. Pour les encourager à pouffer ce commerce, il leur remit tout ce qu'ils pouvoient gagner au delà du prix qui auroit été fixé. Le fuccés répondit aux efperances du Prince et des marchands. Quoique la foye foit encore aujourd'hui la meilleure marchandife de Perfe, elle étoit encore bien plus recherchée dans ce temps-là. Il n'y avoit prefque pas de Meuriers en Europe ; par contre l'or et l'argent qui étoient alors fort rares en Perfe, commencerent à y briller par le retour des Caravanes, de même que celles d'aujourd'hui font la richeffe de ce Royaume. Les Armeniens, à leur retour, fe chargérent auffi de draps d'Angleterre et de Hollande, de Brocards, de Glaces de Venife, de Cochenille, de Montrers, et de tout ce qu'ils jugérent propre pour leur pays et pour les Indes. Peut-on voir un plus bel établiffement ? à combien de Manufactures n'a-t-il pas donné naiffance en Europe et en Afie ? Abbas le grand fit changer de face à toute la terre ; toutes les marchandifes d'Orient furent connuës en Occident, et celle d'Occident fervirent de nouvelle décoration à l'Orient.
Julfa la Nouvelle s'étendit bientôt fur la riviere de Zenderou. Il parut par la magnificence de fes Maifons et par la beauté de fes Jardins, que les habitans avoient pris le gout des meilleures villes d'Europe. On voit aujourd'hui au centre de la Perfe ce qu'il y a de plus curieux dans les pays où ces marchands ont étendu leurs correfpondances. Le Roy ne s'en mêle plus ; les bourgeois de Julfa, par le pyen de leurs procureurs ou agens, foutiennent ce grand commerce, et font diftribuer dans le refte du monde tout ce qu'il y a de plus curieux en Orient. Ces procureurs font des Armeniens qui fe chargent, moyennant un certain profit, d'accompagner les marchandifes en Caravane, et de les débiter au plus grand avantage de ceux qui les leur confient.
Ces Armeniens, foit qu'ils travaillent pour eux ou pour les marchands de Julfa, font infatigables dans les voyages, et méprifent les rigueurs des faifons. Nous en avons veû plufieurs et des plus riches, paffer de grandes rivieres à pieds ayant l'eau jufques au col, pour relever les chevaux qui s'étoient abbatus, et fauver leurs balles de foye ou celles de leurs amis ; car les voituriers Turcs ne s'embarraffent pas des marchandifes qu'ils conduifent, et ne répondent de rien. Les Armeniens dans les paffages des rivieres efcortent leurs chevaux, et rien n'eft plus édifiant que de voir avec quelle charité ils fe fecourent entre eux et même les autres nations, pendant les Caravanes. Ces bonnes gens ne fe dérangent guere dans leurs manières ; toujours égaux, ils fuyent les étrangers qui font trop turbulens, autant qu'ils eftiment ceux qui font parcifiques ; ils les logent volontiers avec eux et leur donnent à manger avec plaifir. Quand nous foulagions quelqu'un de leurs malades, toute la Caravane nous en remercioit. Lors qu'ils font avertis qu'une Caravane doit paffer, ils vont un jour ou deux au devant de leurs confrerres leur porter des rafraichiffemens, et fur tout du meilleur vin : non feulement ils en offrent aux Francs, mais ils les obligent même par leurs honnêtetez d'en boire à leur fanté. On les accufe mal à propos d'aimer trop le vin, il ne nous a jamais paru qu'ils en abufaffent : au contraire il faut convenir que de tous les voyageurs, les Armeniens font les plus fobres, les plus oeconomes, les moins glorieux. S'ils portent, en fortant de chez eux, des provifions pour les plus grands voyages, ils en rapportent fouvent une bonne partie, il eft vray que ces provifions ne leur coûtent rien à voiturer ; car ordinairement quand on loüe fix chameaux, on en donne un feptiéme fur le marché pour porter le bagage, les uftenciles, les hardes. Les provifions dont les Armeniens fe chargent chez eux, font de la farine, du bifcuit, des viandes fumées, du beurre fondu, du vin, de l'eau de vie, des fruits fecs.
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MessageSujet: Re: PITTON DE TOURNEFORT   PITTON DE TOURNEFORT Icon_minitimeSam 19 Déc - 18:41

Quand ils féjournent dans les villes, ils fe mettent par chambrées et vivent à peu de frais. Ils ne vont jamais fans filets ; ils pefchent fur les routes, et ils nous ont fait fouvent manger d'excellens poiffons. Ils troquent fur les chemins des épiceries pour de la viande fraiche, ou pour d'autres denrées qui leur conviennent. En Afie ils débitent la quinquaillerie de Venife, de France, d'Allemangne. Les petits miroirs, les bagues, les colliers, les émaux, les petits couteaux,les cifeaux, les épingles, les éguilles font plus recherchez dans les villages que la bonne monnoye. En Europe, ils portent du mufc et des épiceries. Quelques fatigues qu'ils ayent, ils obfervent les jeûnes de l'Eglife comme s'ils étoient en repos dans une bonne ville, et ne connoiffent pas de difpenfes, même pendant leurs maladies. La feule chofe qu'on peut reprocher aux Armeniens, en fait de commerce, c'eft que lorfque leurs affaires tournent mal dans les pays étrangers où ils negocient, ils ne retournent plus chez eux ; ils ont beau dire que c'eft parce qu'ils n'ont pas le front de fe montrer après une banqueroute, cependant leurs creanciers n'en fçauroient tirer aucune raifon ; mais d'un autre côté il faut leur rendre justice, les banqueroutes font tres rares parmi eux.
Les marchands de Julfa ont fait un Traite avec le Grand Duc de Mofcovie pour faire paffer dans fes Etats toutes les marchandifes qu'ils trouveront à propos, et pour cela il n'eft permis à aucun marchand d'Europe, de quelque nation qu'il foit, d'avancer plus avant qu'à Aftrancan, ville puiffante que les Mofcovites poffedent depuis l'an 1554. Elle eft fituée au delà de la mer Cafpienne fur les frontières de l'Afie et de l'Europe. Le Grand Duc favorife autant qu'il peut ce commerce ; ceux de Julfa payent la doüanne de tout ce qu'ils font entrer en Mofcovie, mais ils ne payent rien des marchandifes qu'ils font paffer de Mofcovie en Perfe. Voici le chemin qu'ils tiennent pour aller et venir. D'Hispaham ils font porter leurs marchandifes à Tauris, à Schamakée et à Nofava Port fur la mer Cafpienne à trois journées de Schamakée. On embraque à Nofava la foye et les autres marchandifes de Perfe et du Mongol pour les faire paffer à Aftracan. D'Aftracan on les trafporte par tere à Mofcou, et delà à Archangel qui eft le dernier Port de Mofcovie fur l'Ocean feptentrional. Les Anglois et les Hollandois y font un grand commerce ; on y embarque les marchandifes pour Stokolm, et delà par le Détroit d'Elfeneur on les fait paffer en Hollande et en Angleterre.
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