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 LA GENETIQUE ET LES ARMENIENS D'ARMENIE OCCIDENTALE

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Karin

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Date d'inscription : 03/04/2007

MessageSujet: LA GENETIQUE ET LES ARMENIENS D'ARMENIE OCCIDENTALE   Mar 2 Sep - 23:13

Comment « National Geographic » vend le rêve des origines
Selon le mathématicien Saharon Rosset, l’humanité se serait divisée il y a environ cent mille ans en Afrique en deux branches qui n’auraient plus entretenu de contact durant les cinquante mille années suivantes. Ces résultats reposent sur les données collectées par le projet Genographic. Lancé par le magazine « National Geographic », en partenariat avec IBM, ce programme scientifique ambitionne de retracer l’épopée des migrations humaines, au moyen de tests ADN pratiqués en masse sur la base d’un volontariat... payant.
Par Pierre DarluLe temps où la recherche généalogique était le loisir exclusif de retraités fouillant les archives poussiéreuses des mairies de campagne est bien révolu. La biotechnologie et l’informatique se sont emparées de ce champ d’activité. Une large gamme de produits est désormais proposée au public pour répondre aux interrogations existentielles sur l’origine de l’humanité, sur ses filiations familiales ou ses appartenances communautaires. Les compétences du généticien sont sollicitées pour donner une coloration scientifique à ces demandes pressantes — lesquelles obéissent parfois à des intentions moins neutres : recherches clandestines en paternité, application de législations réglementant les flux migratoires...

Le projet Genographic (en anglais Genographic Project, GP) affiche, lui, des ambitions plus élevées. Ce programme mondial d’étude génétique des populations sans aucune implication médicale s’adresse au lectorat du magazine National Geographic avec une promesse : « Entreprendre une recherche unique destinée à retracer l’épopée migratoire de l’espèce humaine ». Piloté par le secteur privé — la National Geographic Society (NGS), International Business Machines (IBM) et la Waitt Family Foundation (WFF, émanation des constructeurs d’ordinateurs Gateway Inc.) —, il entend rassembler durant cinq années « la plus vaste collection d’échantillons d’ADN [acide désoxyribonucléique] existant (...) grâce à la contribution de centaines de milliers de personnes — parmi lesquelles des populations indigènes et le grand public ». Les architectes d’un tel projet ambitionnent aussi de « mieux comprendre les liens et les différences qui composent l’espèce humaine (1) ». Le site Internet d’IBM renchérit maladroitement : « Outre l’histoire des grandes migrations humaines, ce projet a pour but d’approfondir les connaissances sur les similitudes et divergences entre les différentes espèces humaines [sic] (2). »

Le GP se présente donc comme l’aboutissement d’un siècle de recherche, exploitant les progrès réalisés dans le séquençage du génome, l’accessibilité des données et leur traitement informatique. Cependant, plusieurs questions se posent : sur l’originalité scientifique de la démarche, sur les motivations de ses concepteurs, et sur la façon dont les participants — le grand public et ces fameuses « populations indigènes » — sont sollicités.

Preuve d’un certain engouement du public, les sites Internet proposant une généalogie génétique et un diagnostic d’origine, à partir d’un échantillon d’ADN, se sont multipliés (lire « Génétique personnalisée sur Internet »). Certains d’entre eux proposent des contributions à vocation éducative sur le rôle de l’ADN, son mode de transmission, la nature des mutations, l’information qu’on est en droit d’en attendre du point de vue des origines, la différence entre race et ethnicité… Tout un appareil iconographique — cartes de migration, certificats, diagrammes, commentaires personnalisés — s’offre au regard de l’internaute et futur client pour replacer ses origines dans l’histoire de l’humanité…

En affichant d’emblée des ambitions beaucoup plus larges, le GP tranche avec ces sites. Il ne se contente pas de proposer des réponses aux attentes individuelles sur les origines, mais espère éclairer l’histoire évolutive de l’espèce humaine. A ce titre, il constitue un avatar du Human Genome Diversity Project (HGDP), développé par Luigi Luca Cavalli-Sforza. Dès son lancement, au début des années 1990, le HGDP avait reçu un accueil défavorable de la part des populations les mieux organisées. Les objections portaient sur les procédures de collecte des échantillons, la propriété intellectuelle, le partage de possibles avantages commerciaux et les éventuelles dérives dans l’exploitation des données. En effet, si le projet devait conduire les généticiens à prouver — par exemple — l’origine géographique « exogène » de certains peuples, cela ne manquerait pas de servir d’argument pour leur délocalisation ou leur dépossession territoriale. « Pourquoi, demandait par ailleurs Mme Debra Harry, la directrice du Conseil des peuples indigènes sur le biocolonialisme, ce formidable intérêt pour la sauvegarde des gènes des peuples indigènes, et pas pour la sauvegarde des peuples eux-mêmes (3) ? »

Proposer au « client »
un probable scénario migratoire
A la suite de ce débat, les responsables du HGDP ont effectué un imposant travail de formalisation de leur protocole d’enquête, développant un volet éthique très précis sur les conditions de consentement des individus et des groupes, la confidentialité, la disponibilité, l’accessibilité et l’exploitation des données, les retombées en termes d’éducation et de prévention du racisme (4). Les promoteurs du HGDP escomptaient des retombées médicales : il s’agissait, entre autres objectifs, de mener des études collaboratives sur la susceptibilité aux maladies de certaines populations. Au-delà, le projet visait in fine à recueillir des échantillons de certaines populations indigènes à la démographie incertaine, afin d’immortaliser leurs lignées cellulaires et de mettre leur ADN à disposition de la communauté scientifique internationale.

Dans le cadre de la partie médiatisée du programme GP, l’accent est porté essentiellement sur deux lignées d’ADN :

— l’ADN mitochondrial (ADNmt), que seule la mère transmet à ses enfants — et qui permet donc de remonter vers la mère, la grand-mère maternelle, etc., de chaque individu ;

— une partie du chromosome Y (chrY), transmis pour sa part de père en fils — et qui permet de remonter au grand-père paternel, etc.

Les variations de ce matériel génétique au sein de la population — on parle de « polymorphisme » — s’organisent chronologiquement les unes par rapport aux autres. Elles permettent de définir des groupes aux caractéristiques communes, appelés haplogroupes, dont l’implantation géographique est inégale. Ainsi, six mutations particulières définissent l’haplogroupe L1, essentiellement présent en Afrique ; trois autres mutations définissent l’haplogroupe M, plus fréquent en Asie ; une autre mutation définit l’haplogroupe R, le plus courant en Europe (5).

L’essentiel du fonds de commerce du GP, comme de beaucoup d’autres sites, consiste à proposer au « client » un scénario probable des migrations de ses ancêtres, à partir de l’histoire de son haplogroupe et de ses variations dans les populations actuelles. La précision de ce scénario dépend étroitement du degré de définition des haplogroupes, comme le montre une étude récente portant sur l’haplogroupe K, qui s’avère aussi fréquent chez les Juifs ashkénazes que chez la plupart des autres Européens. La possible spécificité ashkénaze ne réside donc pas dans ce simple haplogroupe. Mais, en utilisant des séquences complètes d’ADNmt, et donc davantage d’information génétique (6), le découpage plus fin de l’arbre des mutations conduit à reconnaître quatre lignées maternelles présentes exclusivement chez les Juifs ashkénazes... mais ne représentant qu’à peine un tiers d’entre eux.

L’analyse des variations génétiques conduit donc à construire d’éventuelles clés d’identification génétique d’appartenance — avec une efficacité relative qui s’exprime en termes de probabilités. Des probabilités d’autant plus incertaines que l’on n’observe, à partir de l’ADNmt et du chrY, que deux ancêtres (l’un en lignée maternelle, l’autre en lignée paternelle) parmi quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents, seize arrière-arrière-grand-parents, et ainsi de suite de façon quasi exponentielle lorsque l’on remonte de génération en génération (7). Dans ces conditions, se pose réellement la question de l’intérêt d’établir des diagnostics d’origine s’apparentant à du marquage « ethnique ».

Diagnostic personnalisé...
mais sans surprise
En fait, ces recherches génétiques présentent un intérêt à deux échelles totalement différentes : celle des groupes humains, qui se propose de décrire la diversité des gènes au sein d’une population et entre populations ; et celle, individuelle, où le diagnostic se fonde sur un nombre limité de marqueurs. L’une des particularités du GP est de jouer sur les deux tableaux, et de prétendre décrire les migrations historiques des populations tout en fournissant des indications d’origine aux participants du projet.

Bien sûr, si l’on y met les moyens, comme le proposent d’autres sites, on peut pousser l’investigation génétique individuelle beaucoup plus loin, avec une densité de marqueurs élevée, sur l’ensemble des chromosomes ; la problématique change alors radicalement car, au-delà des origines possibles, on va pouvoir conforter ou réfuter des relations de parenté, ce qui ouvre des questions éthiques et juridiques d’une autre nature.

Le GP se construit selon une politique « participative » impliquant bon nombre d’acteurs. Si le projet a bien une composante scientifique, dont la responsabilité revient à des chercheurs compétents pour faire parler les variations de l’ADNmt ou du chrY, ou à des spécialistes des migrations, il affiche également une finalité philanthropique et commerciale qui n’est pas en désaccord avec la vocation naturelle des trois parties prenantes au projet. La NGS est connue pour son esthétisme de l’exotique et du voyage, son action pour la préservation de la nature et des cultures, mais aussi pour son activité commerciale et ses réseaux médiatiques ; la WFF pour ses actions caritatives préparant un monde meilleur (« aider les gens bien à faire des choses formidables ») ; et IBM pour son informatique mondialisée.

Une sorte d’Indiana Jones
de la génétique
Il s’agit de développer nos connaissances sur l’histoire de l’humanité en sollicitant la participation du plus large public possible, mais aussi, par ce biais, de faire œuvre éducative et philanthropique. « Plus nous améliorerons notre compréhension de l’origine commune et de l’épopée migratoire de l’espèce humaine, plus il nous sera possible de considérer que nous faisons tous partie d’une même et grande famille », souligne M. Ted Waitt, fondateur de la WFF. « Ce n’est qu’en prenant conscience de cela, renchérit IBM sur son site, que tous les habitants de la planète pourront trouver les moyens de vivre et de travailler ensemble (Cool. »

Enfin, il s’agit aussi de vendre à qui le souhaite ou le peut un « produit » attractif et personnalisé sous forme d’un diagnostic d’origine. Ainsi, le GP se situe bien dans un contexte où entreprise commerciale, bonnes intentions et programme de recherche se trouvent largement enchevêtrés.

Pour sensibiliser le grand public, le projet se vante d’être « sans équivalent » (oubliant le HGDP...), planétaire, à la pointe de la technologie informatique — la contribution de centaines de milliers de personnes permettant de mettre « en lumière l’histoire migratoire de l’homme » et de « comprendre les liens et les différences qui composent l’espèce humaine ». Le lecteur ou l’internaute qui tombe sur un tel projet ne peut qu’adhérer : d’une part, parce que la science semble apporter une réponse à ses préoccupations ou à ses obsessions sur ses origines ; d’autre part, parce qu’il pense contribuer à la sauvegarde des cultures indigènes. Et, puisque des milliers de personnes participent, pourquoi ne pas le faire soi-même ?

Mais donner tant d’importance à nos « liens » ou à nos « différences » génétiques avec tous les autres hommes, proches ou lointains, et leur attribuer une objectivité scientifique, n’est pas sans conséquence. Dans le contexte du GP, où la migration est clairement mise en avant, les « liens » qui nous relient à nos proches résulteraient d’une même histoire migratoire, tandis que les « différences » construiraient a contrario le statut de l’étranger, celui qui a une histoire migratoire différente. En définitive, le produit génétique vendu par le GP conforte l’acheteur, sur des bases scientifiquement fragiles, dans son appartenance identitaire à un groupe proche et, par conséquent, contribue à le démarquer des groupes différents...
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Karin

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MessageSujet: Re: LA GENETIQUE ET LES ARMENIENS D'ARMENIE OCCIDENTALE   Mar 2 Sep - 23:13

Un autre sujet d’interrogation concerne la distinction, fondamentale dans le projet, entre « populations indigènes » et « grand public ». Dans l’esprit du GP, ces populations ne sont pas seulement « indigènes » au sens premier (« originaire du pays où il se trouve »), car alors la majorité du « grand public » le serait également... Les raisons sont donc à chercher ailleurs. La première, évidente, c’est que le « grand public » participe financièrement et personnellement au projet, alors que la participation des populations indigènes est subventionnée.

La deuxième raison se voudrait plus scientifique : d’après le GP, les populations indigènes posséderaient des gènes qui « n’ont guère changé depuis des centaines de générations » et seraient par conséquent des « indicateurs fiables des modèles migratoires ancestraux ». Cette affirmation reste à démontrer. D’abord, les « indigènes » peuvent, au cours des centaines de générations, s’être eux-mêmes déplacés, si bien que leur géoréférence actuelle n’est en rien une preuve de celle de leurs ancêtres. Ensuite, la preuve n’est pas faite d’une évolution génétique différente chez les populations indigènes et chez le grand public. Enfin, si ces populations paraissent actuellement « isolées », rien n’atteste qu’elles ne furent pas « mélangées » à d’autres populations dans des générations antérieures. En conséquence, affirmer que les populations indigènes sont génétiquement plus primitives et plus autochtones relève d’une approximation scientifiquement et médiatiquement dangereuse, dans la mesure où elle sous-entend qu’elles pourraient n’être que des populations résiduelles d’un lointain passé.

M. Spencer Wells, le responsable du projet, qui se présente comme « généticien anthropologue, auteur et aventurier », précise bien que les retombées espérées sont de différentes natures : scientifique, pour découvrir des nouveautés sur l’histoire de notre espèce, son origine, ses routes migratoires et expliquer les diversités actuelles ; culturelle, pour faire prendre conscience du destin des populations indigènes et, peut-être, stopper la perte de leur identité culturelle ; éducative, pour enseigner ce qu’est l’anthropologie et la génétique, avec « l’espoir que certains préjugés seront surmontés par la démonstration que tous les hommes partagent un ancêtre commun dans un passé récent ».

En attendant l’aboutissement de ce programme, qui commence à faire l’objet de publications scientifiques, plusieurs produits sont d’ores et déjà disponibles. D’abord ceux, personnalisés, mis en vente directement par la NGS ; ensuite ceux destinés aux populations indigènes ; et enfin des produits réalisés également pour le grand public sous forme de livres, DVD ou articles dans les journaux.

Pour décrire les produits du premier type, prenons l’exemple d’une cliente, Mme X. Contre une centaine de dollars (soit environ 65 euros), la NGS lui envoie un kit de prélèvement d’ADN et une enveloppe d’expédition. Quelques semaines après avoir soumis son prélèvement de salive, Mme X reçoit un code personnalisé lui permettant d’aller voir les résultats de l’analyse de son ADNmt sur le site du GP, associés à un certain nombre de commentaires. Dans son cas, le GP l’a identifiée comme porteuse d’une mutation sur l’ADNmt, qui la classe dans l’haplogroupe H. Le GP lui fournit également une carte retraçant la migration de ses ancêtres maternelles depuis l’haplogroupe L, venu d’Afrique, jusqu’à l’haplogroupe H, localisé en Europe occidentale, où il se trouve en majorité. Mme X est encouragée à accepter d’intégrer ses données personnelles dans la banque de données constituée par le GP.

Comme l’haplogroupe H comprend 40 % à 50 % des membres de la plupart des populations d’Europe, Mme X n’est donc pas la seule à recevoir ce diagnostic « personnalisé ». Elle n’en éprouve d’ailleurs aucune surprise, ses aïeux étant, d’après elle, d’origine auvergnate...

Il est beaucoup plus difficile de comprendre comment les populations indigènes vont bénéficier des recherches menées sur elles avec leur accord. Il est bien question de programmes culturels et éducatifs, déjà évoqués, mais la forme que doivent prendre ces actions reste imprécise. « En plus des réponses que [le projet] peut apporter à des questions d’intérêt scientifique pour les populations indigènes et pour le grand public, nous estimons qu’il est impératif de donner en retour quelque chose de tangible aux communautés participantes, à travers le Genographic’s Legacy Project, qui comportera des activités éducatives et des projets de préservation culturelle. Les bénéfices tirés de la vente des kits de participation aideront à financer ce fonds (9). »

En 2006, la vente de cent mille kits avait déjà rapporté 1,8 million d’euros.Ce nombre a plus que doublé depuis lors. Enfin, puisque le GP ne se voit pas comme un simple produit commercial, une justification dans l’utilisation des ressources générées par son commerce devrait s’imposer. Les objectifs, si louables soient-ils, demanderaient la mise en place de structures indépendantes de contrôle qui ne soient pas simplement un comité consultatif investi par les propres promoteurs du projet. Rien ne semble clairement proposé sur ce point. On peut cependant souhaiter que chaque scientifique du GP intervenant sur des terrains « indigènes » s’assure au préalable de l’accord des comités d’éthique concernés.

Les participants payants du GP bénéficient également de l’envoi d’un DVD relatant les possibilités qu’offre l’ADN pour retracer notre « voyage » depuis la sortie d’Afrique jusqu’au peuplement des autres continents (« Votre ADN contient le plus formidable livre d’histoire jamais écrit »). Le film qui nous y est proposé déroule avec complaisance les pérégrinations du producteur, M. Wells, au travers des divers continents. Ce documentaire, dont l’apport scientifique est réduit, provoque un certain malaise. Il met en scène un véritable archétype du jeune et dynamique Américain, sorte d’Indiana Jones de la génétique proposant aux populations « exotiques » le décryptage de leurs origines. L’ambiguïté constitutive du GP saute alors aux yeux, malgré la prise de position apparemment claire d’une « véritable collaboration entre les populations indigènes et les scientifiques (10) ».

Car, tout en souhaitant contribuer au respect et à la défense des cultures des peuples indigènes, le GP tente dans le même temps de les convaincre de participer à l’élaboration d’une version scientifique de leurs origines, alors qu’ils ont déjà leur propre savoir sur ce point et que c’est souvent autour de lui que se structurent leur relation au monde et leurs rapports sociaux.

La tradition reléguée
dans l’obscurantisme
Cette contradiction a parfaitement été relevée par Mme Harry, lorsqu’elle a abordé la question de la domination d’un système de connaissance (la science) sur un autre (la tradition), reléguant cette dernière dans l’obscurantisme. « Nos droits, écrivait-elle dans le magazine New Internationalist en décembre 2005, sont fondés sur le fait que nous habitions originellement sur les territoires que nous occupons. Une affirmation qui viendrait contredire l’“aboriginalité” de certains peuples indigènes pourrait constituer une menace sérieuse. Même si les résultats de ce type de recherche sont spéculatifs, nous n’avons aucun doute sur le fait que ces découvertes seront exploitées comme une arme politique contre nous. »

Anthropologues et ethnologues (11) ne se sont pas privés de critiquer vertement le GP, soulignant ses limitations méthodologiques et les ambiguïtés du projet : mélange d’objectifs scientifiques avec des intérêts commerciaux, confusion entre un projet collectif et une mise en œuvre propre à satisfaire les désirs individuels d’histoires généalogiques, entre une forme de générosité altruiste envers les peuples et quelques suspicions de domination culturelle, entre l’affirmation de l’unicité de l’espèce humaine et la recherche de critères génétiques qui nous différencient...

Les responsables du GP reconnaissent bien, dans leurs considérations éthiques, que « le projet pourra donner lieu à des récits qui diffèrent des narrations traditionnelles sur l’origine du cosmos ». Mais ils insistent sur l’absence de priorité d’une vision sur l’autre, laissant aux communautés indigènes le soin de juger dans quelle mesure le point de vue scientifique sur le monde vient compléter leur propre point de vue. Si le GP ne relevait pas d’inférences approximatives à partir de données factuelles, ce débat renverrait à la question de l’universalité de la science et à la place qu’elle doit ou peut tenir dans la société.

Pierre Darlu.
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